Sujet

Commençons par le sujet.
Afin de souligner la différence fondamentale entre la notion habituelle de sujet et la notion de sujet en psychanalyse, Lacan parle de subversion du sujet.
Cette mise en garde est nécessaire. Non seulement le sujet de la psychanalyse n'est pas le sujet de la conscience tel que l'utilise la philosophie, mais il est essentiel d'éviter une confusion qui rendrait inefficace tout discours en psychanalyse.
C'est pour cela qu'il est raisonnable de définir dès maintenant la notion de sujet que nous employons dans l'ensemble de notre modèle.

Pour aller vite, nous dirons que le sujet n'est jamais une unité indissociable, mais toujours un couple de deux éléments.
L'approche la plus cohérente consiste à dire que le sujet est une entité abstraite composée de deux parties : un élément associé à du signifiant et un élément associé à du signifié.
Nous y reviendrons à plusieurs reprises.

Cette approche définit parfaitement ce que nous entendons par sujet. Toutefois, tant que nous n'avons pas précisé les notions de signifiant et de signifié, cette définition reste théorique et sans doute même obscure pour l'instant.
Elle emploie les termes de la linguistique, mais il ne faut cependant pas croire que l'on ferait ici de la linguistique en tant que science. Lacan a préféré qualifier son approche de linguisterie, afin de reconnaître sa dépendance par rapport au travail des linguistes, tout en marquant en même temps avec fermeté la différence des objectifs de la psychanalyse.
On peut aussi, plus près de la métaphysique, dire que le sujet est une entité composée d'un esprit et d'un corps.
La métaphore n'est pas mauvaise pour commencer, à condition de la considérer simplement comme une version plus imagée de notre première définition, et de conserver une vigilance suffisante pour éviter de tomber dans les pièges de la banalité ou de la spiritualité qui s'ouvriraient alors à une compréhension trop rapide.
Les deux éléments que nous les avons désignés plus haut comme les deux parties du sujet (signifiant/signifié, esprit/corps) sont bien entendu fortement liés entre eux, ne serait-ce que par le processus qui les crée.
Ce processus est celui de la division en arithmétique entière, produisant un quotient et un reste.
Par ailleurs, nous posons le postulat que la division n'est jamais exacte. Par conséquent, il y a toujours un reste non nul.