La philosophie utilise depuis toujours le concept de sujet : sujet de la connaissance,
sujet de la conscience, sujet psychologique ...
La psychanalyse utilise elle aussi le concept de sujet. Cependant, comme le démontre avec insistance l'enseignement de
Lacan, la psychanalyse emploie ce concept d'une manière
totalement subversive par rapport à l'approche classique de la philosophie.
Le sujet de la psychanalyse n'est pas une autre façon de parler de la personne. Ce sujet
est a contrario une entité abstraite résultant du fait que l'être humain n'échappe pas
à la structuration par le langage, ce que Freud appelle
simplement l'inconscient.
La coupure signifiante est l'opération langagière qui crée le
sujet de la psychanalyse.
Le sujet de la psychanalyse n'a jamais d'autre ex-sistence que celle du signifiant qui
le représente, ni d'autres relations que celles de ce signifiant avec d'autres signifiants.
Il en résulte que l'intersignifiance, désignant les interactions entre sujets représentés par
des signifiants, est elle aussi une subversion du concept beaucoup plus classique
d'intersubjectivité.
Références
- in Écrits (page 875) : « Véhiculé par le signifiant dans son rapport à l'autre
signifiant, il [le sujet du signifiant] est à distinguer sévèrement
tant de l'individu biologique que de toute évolution psychologique
subsumable comme sujet de la compréhension.»
- in Séminaire 6 (séance du 17/12/1958) : «l'inconscient freudien s'institue dans l'innocence du sujet
par rapport au signifiant qui s'organise à sa place.»
- in Séminaire 8 (page 439) : « Le sujet n'est pas pour nous le sujet de la connaissance, mais le
sujet de l'inconscient.»
- in Séminaire 9 (séance du 20/12/1961) : «[le sujet] non pas le sujet au sens psychologique,
mais le sujet au sens structural.»
- in Séminaire 16 (page 66) : «la subversion du sujet ...
Au sens où je l'avais épinglée
et mise au titre d'un écrit, il s'agissait de subversion du sujet par rapport à ce
qu'on en avait énoncé jusqu'alors.»
- in Séminaire 17 (page 53) : «Non, il n'y a rien de commun entre le sujet de la
connaissance et le sujet du signifiant.»